Commerce en ligne. Transformation et crise de liquidité

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Julia Bresse LL.B. Administratrice en insolvabilité
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Baisse de clientèle et virage vers le commerce en ligne : comment sauver sa PME?

Solutions à l’endettement · Août 2026 · 8 min de lecture

Par Julia de l’équipe BRESSE Syndics · Syndics autorisés en insolvabilité · Québec et Montréal

Le commerce de détail vit l’une des plus profondes transformations de son histoire. Pour bien des PME, la baisse d’achalandage en magasin et la migration des clients vers le commerce en ligne ne sont pas des tendances lointaines : c’est la réalité de tous les jours. Prendre le virage numérique est devenu incontournable — mais ce virage coûte cher, et il crée souvent une crise de liquidité au pire moment. La bonne nouvelle : une entreprise sous pression n’est pas une entreprise condamnée. Des mécanismes existent pour la restructurer et la sauver.


Le commerce de détail en pleine transformation

Les habitudes de consommation ont changé pour de bon. Une part croissante des achats se fait désormais en ligne, et les clients qui poussent encore la porte des commerces s’attendent à une expérience fluide entre le magasin, le site web et les réseaux sociaux. Pour le détaillant, cela signifie une baisse de la clientèle en boutique, une pression sur les marges et une concurrence qui ne se limite plus au commerce d’en face, mais s’étend à la planète entière.

Face à cette réalité, rester immobile n’est pas une option. Mais bouger — investir dans une plateforme transactionnelle, la logistique, le marketing numérique, les systèmes de gestion des stocks — exige des capitaux importants, souvent au moment précis où les revenus du magasin traditionnel, eux, diminuent.


Le paradoxe du virage numérique : investir quand les liquidités baissent

C’est le cœur du problème. Une entreprise en transformation doit financer son avenir numérique tout en continuant d’assumer les coûts de son présent physique : loyers de locaux devenus trop grands, inventaires, personnel, équipements. Les investissements technologiques se font sentir immédiatement dans les liquidités, alors que leurs retombées, elles, prennent des mois, parfois des années, à se matérialiser.

Dans cet intervalle — entre la dépense d’aujourd’hui et le rendement de demain — se creuse une crise de liquidité. L’entreprise peut être fondamentalement viable, avec un bon plan numérique, et pourtant se retrouver incapable de payer ses fournisseurs, ses loyers ou ses remises gouvernementales à temps. Ce n’est pas un échec de vision : c’est un problème de trésorerie pendant la traversée. Et c’est exactement ce type de situation que les outils de la Loi sur la faillite et l’insolvabilité sont conçus pour régler.


La proposition concordataire : restructurer plutôt que fermer

Beaucoup de dirigeants croient à tort qu’appeler un syndic, c’est signer l’acte de décès de leur entreprise. C’est le contraire. La proposition concordataire (aussi appelée proposition commerciale) est un outil de la Loi sur la faillite et l’insolvabilité qui vise précisément à sauver une entreprise viable en la restructurant.

Concrètement, l’entreprise négocie avec l’ensemble de ses créanciers le remboursement d’une partie de ses dettes, selon sa capacité réelle, tout en poursuivant ses activités. Le processus s’amorce souvent par un avis d’intention de faire une proposition, qui déclenche immédiatement une suspension des procédures : les poursuites et les saisies sont gelées, ce qui donne à l’entreprise l’oxygène nécessaire pour se réorganiser et compléter son virage numérique à l’abri de la pression de ses créanciers.


Résilier des baux commerciaux et d’autres contrats : un levier puissant de la LFI

Voici un mécanisme trop peu connu, et pourtant déterminant pour un détaillant en transformation. La Loi sur la faillite et l’insolvabilité permet à une entreprise, entre le dépôt de son avis d’intention et celui de sa proposition, de résilier certains de ses baux commerciaux sur un préavis de 30 jours.

Pour un commerce qui migre vers le numérique, c’est un outil précieux : il permet de se départir de locaux devenus trop grands, trop chers ou mal situés, sans demeurer prisonnier d’engagements signés pour une autre époque. Si un locateur conteste, l’entreprise doit démontrer au tribunal que la résiliation est nécessaire à la viabilité de sa proposition — et la jurisprudence québécoise tend à donner raison à l’entreprise lorsque la preuve est faite, afin de lui éviter la faillite. Le locateur, lui, devient un créancier pour son indemnité, laquelle est traitée dans la proposition.

Et cela ne s’arrête pas aux baux. La Loi permet aussi de résilier d’autres contrats devenus onéreux — comme certains contrats d’approvisionnement ou de service — pour alléger la structure de coûts de l’entreprise pendant sa réorganisation (certaines exceptions s’appliquent, notamment pour les conventions collectives et certains contrats financiers). C’est cette capacité de faire le ménage dans les engagements du passé qui rend la restructuration réellement efficace.


⚠ Attention aux remises gouvernementales

Les sommes de TPS/TVQ perçues et les retenues à la source de vos employés ne vous appartiennent pas : ce sont des fonds détenus en fiducie pour l’État. Les utiliser pour financer votre virage numérique peut engager votre responsabilité personnelle comme administrateur, même si l’entreprise est incorporée. C’est l’une des premières choses qu’un syndic examine avec vous — et une raison de plus de consulter tôt.

 


Avantages et inconvénients de la proposition concordataire

Pour y voir clair, voici un portrait honnête de certaines forces et limites de cette solution.

5 avantages

  1. L’entreprise continue de fonctionner. Contrairement à la fermeture, la proposition permet de poursuivre les activités pendant la restructuration, en préservant la valeur bâtie au fil des ans.
  2. Un répit immédiat. Dès le dépôt, les poursuites et les saisies sont suspendues, ce qui offre l’oxygène nécessaire pour se réorganiser sereinement.
  3. La possibilité d’alléger sa structure de coûts. L’entreprise peut résilier des baux et certains contrats devenus trop lourds, un levier précieux pour un commerce qui migre vers le numérique.
  4. Un remboursement à la mesure de sa capacité. Les dettes ne sont remboursées qu’en partie, selon ce que l’entreprise peut réellement payer, plutôt qu’en totalité.
  5. La préservation des emplois et des relations d’affaires. Sauver l’entreprise, c’est aussi protéger ses employés, ses fournisseurs de confiance et la réputation construite au fil du temps.

5 inconvénients

  1. Une visibilité publique de courte durée. Le dépôt d’une proposition est de nature publique et peut susciter un léger bruit, surtout localement. Cette attention est généralement brève et vite éclipsée par la relance de l’entreprise, qui devient rapidement la véritable histoire.
  2. Le paiement sur réception chez certains fournisseurs. Quelques fournisseurs peuvent exiger un paiement à la livraison plutôt qu’à crédit. Mais une fois délestée du poids de ses anciennes dettes, l’entreprise dispose d’une trésorerie assainie qui rend ces paiements comptant tout à fait gérables.
  3. Une rigueur financière accrue — qui est aussi un atout. L’entreprise doit maintenir un suivi budgétaire serré. Loin d’être une simple contrainte, cette discipline donne à la direction une visibilité beaucoup plus nette sur les effets réels de sa transformation, et donc de meilleures décisions.
  4. Le cautionnement possible de certains comptes. Dans certains cas, un fournisseur ou un prêteur peut demander une garantie sur de nouveaux comptes ou une marge de crédit. Avec un plan de redressement solide et réaliste, ce risque demeure toutefois limité et bien encadré.
  5. Un impact temporaire sur la cote de crédit. Le crédit de l’entreprise est touché pendant un temps, mais il se reconstruit progressivement dès qu’elle démontre sa nouvelle stabilité — souvent plus vite qu’on ne le craint, surtout auprès des partenaires qui reconnaissent l’effort de redressement.

💡 En résumé

La proposition concordataire permet à une PME viable mais à court de liquidités de suspendre les procédures, de résilier des baux et contrats devenus trop lourds, et de rembourser une partie de ses dettes tout en poursuivant ses activités — le temps de compléter son virage numérique et de retrouver l’équilibre.


Un exemple concret

Prenons une PME de la région de Québec — appelons-la Boutique Rivière de Geneviève — qui exploite trois magasins de vêtements. Depuis quelques années, l’achalandage en boutique fond, tandis que les ventes en ligne, elles, progressent. La direction investit massivement dans un site transactionnel et un centre de distribution, mais l’opération vide les liquidités : les trois loyers commerciaux, dont deux baux à long terme pour des locaux désormais trop grands, deviennent un poids mort. Bientôt, l’entreprise accuse des retards envers ses fournisseurs et sa marge de crédit est au maximum.

En consultant tôt, la direction dépose un avis d’intention. Les poursuites d’un fournisseur sont immédiatement suspendues. Avec l’accompagnement de son syndic, Boutique Rivière résilie les deux baux des locaux devenus inutiles — ne conservant qu’un magasin phare — et recentre ses activités sur la vente en ligne et un point de vente physique. Une proposition concordataire est ensuite négociée avec les créanciers, remboursant une partie des dettes sur plusieurs années. L’entreprise de Geneviève conserve l’essentiel de ses emplois, complète son virage numérique et poursuit ses activités aujourd’hui. Consultée six mois plus tard, elle aurait probablement dû fermer les trois magasins.

**Voir le témoignage complet**

 

Note : Chaque situation est unique. Les solutions et leurs résultats varient selon la structure, les dettes et les perspectives de l’entreprise. C’est précisément ce qu’une première rencontre sert à déterminer.


Comment savoir ce qui convient à votre entreprise?

Il n’existe pas de réponse unique : la meilleure solution dépend de vos dettes, de vos contrats, de vos liquidités et de vos perspectives. Le seul moyen de trancher en confiance, c’est d’obtenir un portrait clair et complet de votre situation, présenté par un professionnel qui comprend autant les chiffres que la réalité d’un entrepreneur. Chez BRESSE, vous rencontrez dès le premier rendez-vous un syndic expérimenté qui vous explique honnêtement toutes vos options — entente informelle, avis d’intention, proposition concordataire, redressement financier ou autre — et celle qui protège le mieux votre entreprise, vos employés et votre responsabilité personnelle.


💡 Bon à savoir

La première rencontre est gratuite, confidentielle et sans engagement — en personne à nos bureaux de Québec ou de Montréal, par téléphone ou en vidéoconférence, partout au Québec. Un rendez-vous est généralement disponible en moins de 24 heures. Plus vous consultez tôt, plus les solutions de redressement sont nombreuses.


Cet article présente de l’information générale et ne constitue pas un avis juridique. Les mécanismes décrits dépendent de la situation précise de votre entreprise; consultez un syndic autorisé en insolvabilité pour une évaluation adaptée à votre cas.

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